Salon de l'agriculture : "L'avenir de la filière française est en train de se jouer en ce moment", affirme Jean-Michel Javelle, président de Sodiaal
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Au salon de l'agriculture, la salle de traite affiche complet, devant le stand de la première coopérative laitière de France : Sodiaal. Sodiaal, ce sont des marques aussi connues que Yoplait, Candia ou encore Entremont ; des géants d'un produit souvent au cœur des débats sur la rémunération des agriculteurs : le lait. "Nous sommes très confiants sur la filière laitière et sur l'avenir de la filière laitière", affirme toutefois son président Jean-Michel Javelle, alors que les négociations commerciales entre les distributeurs et les producteurs doivent prendre fin ce samedi 1er mars. Des négociations en partie perturbées par une réunion en grande pompe, ce mercredi 26 février, avec cinq des plus grands distributeurs.
franceinfo : Avez-vous écouté ce matin les patrons de la grande distribution qui sont venus sur le salon - tous, sauf Leclerc - pour annoncer des actions en faveur des agriculteurs ? Qu'en dites-vous ?
Jean-Michel Javelle : Je ne suis pas totalement informé de ce qui s'est dit dans le cadre de cette conférence de presse. Nous, on a eu la chance de recevoir un certain nombre de nos clients distributeurs et d'avoir des discussions très constructives. Nous avons une profession bien organisée à travers l'interprofession, et nous avons une loi qui nous a aidés à travers EGalim, donc nous sommes très confiants, même s'il y a quelques préoccupations, notamment la fièvre catarrhale ovine qui met nos collectes sous pression.
"On voit une baisse de notre collecte, et ça nous préoccupe. C'est pour ça qu'on va défendre la valeur de notre lait."
Jean Michel Javelle, président de Sodiaal
Les supermarchés sont quand même dans votre viseur. Vous dénoncez l'utilisation de lait originaire de l'Union européenne dans, par exemple, le beurre ou l'emmental de marques distributeurs. Ces grands patrons de la grande distribution : qu'est-ce qu'ils font ? Est-ce qu'ils jouent quelque part une sorte de double jeu ?
Dès cet automne, nous avons voulu défendre l'origine : un emmental sur cinq était d'importation et on commençait à en trouver dans les rayons des grandes et moyennes surfaces. Donc, nous avons alerté l'opinion publique en incitant à regarder les étiquettes.
"Aujourd'hui, sur le stand du Salon de l'agriculture, la plus grande ferme de France auprès des animaux, nous sollicitons les consommateurs en leur disant : "Oui au lait français !"."
Jean-Michel Javelle, président de Sodiaal
C'est le slogan de notre coopérative qui est tout de même un modèle singulier : nous, nous avons les vaches, nous avons l'industrie et nous avons les marques. Et nous voulons dire aux consommateurs : faites confiance aux produits de la coopérative Sodiaal que sont Candia, Yoplait ou Entremont, parce qu'à travers le prix de ces produits, vous assurez la rémunération des éleveurs et vous assurez la vitalité des territoires ruraux.
Le prix des produits justement. On est en pleine négociation commerciale jusqu'à samedi. Quelles conséquences pour le prix du lait ? Est-ce que vous espérez l'acheter 470 euros la tonne cette année ? Est-ce que vous allez atteindre cet objectif ?
Nous sommes encore dans le cadre des négociations commerciales pendant deux jours, donc nous sommes raisonnablement optimistes pour obtenir des hausses. Il est hors de question d'obtenir la moindre déflation sur les produits laitiers, car, je vous l'ai dit, notre collecte est sous tension. Nos éleveurs ont besoin de moderniser leurs exploitations et de les décarboner. Tout cela demande une juste rémunération, donc nous demandons des hausses modérées : pour un consommateur sur un pot de yaourt, c'est quelques centimes de hausse, mais je pense que c'est l'avenir de la filière française qu'on est en train de jouer à ce moment du match.
Est-ce que le métier d'éleveur est un métier de demain justement ? On le sait, la moitié des agriculteurs français va partir à la retraite d'ici à dix ans. Est-ce que votre métier est attractif ?
Ici, au salon, vous allez surtout trouver des jeunes qui sont passionnés d'élevage. Mais la passion, ça ne suffit pas, il faut de la juste rémunération. Ce métier, il est passionnant, et il est attractif, mais à condition qu'il soit rémunéré à sa juste valeur et qu'on puisse moderniser nos élevages. C’est-à-dire par de la robotique, ou par des salariés pour alléger la charge de travail qui est une charge conséquente.
C'est du sept jours sur sept, vous le connaissez ce quotidien, vous êtes éleveur vous-même. Les jeunes d'aujourd'hui, sont-ils vraiment prêts à sacrifier leur vie comme ça, comme vous l'avez fait ?
Étant moi-même éleveur, je suis aussi associé avec deux jeunes qui ne sont pas issus du milieu agricole. Ça veut dire qu'ils ont la passion des vaches, et le fait d'être organisés en collectif nous permet de nous libérer du temps. Donc ça me permet d'être ici sur le salon de l'agriculture aujourd'hui, et ça permettra qu'eux, ce week-end, aient du temps libre quand moi je serai à la ferme. Donc c'est très important d'être organisé avec ce collectif ou avec de la robotique.
Le salariat, est-ce qu'il y en a de plus en plus ? Parce que le salariat tout de même, ça permet d'avoir des vacances, ça permet d'avoir des week-ends.
Dans notre coopérative, on a engagé. D'ailleurs, on a une petite mesure qui s'appelle "Cap sur l'emploi laitier", où on accompagne nos producteurs à devenir des employeurs de main-d’œuvre sur des sujets de formation, de rédiger une offre d'emploi et puis d'accompagner. C'est beaucoup plus agréable de travailler à plusieurs.
"Travailler en collectif, c'est un peu la force et l'ADN de notre coopérative, dans nos fermes, mais aussi dans ce grand collectif où nous, nous sommes 15 000 producteurs."
Jean-Michel Javelle, président de Sodiaal
L'objectif de ce salon, c'est aussi de rencontrer les consommateurs. Quel accueil vous font-ils ?
Je crois que nos concitoyens adorent l'agriculture. Nous, ce qu'on souhaite, c'est leur expliquer la singularité de notre modèle, à travers l'achat de nos produits qu'ils trouvent dans les rayons : que ce soit du lait, de la crème, du beurre, ou du fromage sous toutes ses formes. Je voudrais vous signaler au passage que nous avons remporté 32 médailles au concours général. Donc, nous avons des savoir-faire que nous défendons sur l'ensemble du territoire. Et tout ça, ça a de la valeur. Dans notre coopérative, 100% des bénéfices vont aux éleveurs sur une partie en redistribution, une partie en réserve indivisible qui permet de moderniser nos outils et d'assurer l'avenir de notre lait.
Un mot quand même de votre concurrent Lactalis, le numéro un en France, et qui n'est pas sur ce salon cette année, puisque ça s’était plutôt mal passé pour lui l'an dernier. D'autant moins le bienvenu aujourd'hui qu'il avait annoncé cette baisse de la collecte en France avec 272 éleveurs qui s'étaient retrouvés sur le carreau. Est-ce que vous en avez repris certains puisque des solutions ont été trouvées pour eux ?
Je vais utiliser mon joker et je vais vous parler de la coopérative Sodiaal qui s'engage, elle, pour accompagner ces éleveurs, les jeunes éleveurs, avec un process qui s'appelle la "Sodiaal Box" où on accompagne 250 éleveurs par an, et ça représente une enveloppe de 2,5 millions. On veut par ailleurs accompagner la décarbonation des fermes, avec une prime durabilité, qu'on a mise dans les élevages, et ça représente une enveloppe de 10 millions d'euros. Donc, on est engagé auprès de nos éleveurs. Et ce que je voulais vous dire à cet instant du match, c'est notre slogan "Oui au lait français."
Francetvinfo